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Interdire les réseaux sociaux aux jeunes : une bonne idée?

12 août 2026 - Kahtleen Couillard/Agence Science-Presse iconfb iconth iconbs iconred iconpin

Les effets des réseaux sociaux sur les jeunes sont préoccupants et de plus en plus de pays à travers le monde adoptent des lois pour en restreindre l’accès aux mineurs. Cette stratégie comporte toutefois plusieurs lacunes.

Photo : Antonio Guillem/Dreamstime.com

Les dangers que posent les réseaux sociaux pour les jeunes sont bien connus. Par exemple, une étude de 2025 révèle que les enfants qui y sont actifs sont deux fois plus à risque que les autres de rapporter des symptômes de dépression ou d’anxiété.

En réaction à ces préoccupations grandissantes, des pays ont décidé d’agir. C’est l’Australie qui a démarré le bal en décembre 2025 en interdisant l’accès à ces applications aux moins de 16 ans. La loi australienne exige maintenant des compagnies de réseaux sociaux qu’elles prennent des mesures raisonnables pour empêcher les jeunes d’utiliser leur plateforme.

Le 21 juillet dernier, la France a adopté elle aussi une proposition de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Cette mesure s’appliquera dès septembre pour les nouveaux comptes et ceux existants devront être fermés d’ici le 1er janvier 2027.

Difficile à mettre en place

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Illustrations : FrankRamspott/iStock (carte), Dreamstime (logos)

L’application de ces lois est toutefois plus compliquée qu’il n’y paraît, révèle un  rapport publié en Australie en mars 2026 évaluant  les impacts de la nouvelle réglementation. Les auteurs ont notamment constaté que sept parents sur dix affirmaient que leur enfant avait toujours un compte sur Facebook, Instagram, Snapchat ou TikTok. Dans 67 % des cas, les jeunes avaient conservé l’accès à l’application parce que la compagnie n’avait pas encore vérifié leur âge.

De plus, un rapport publié en mai 2026 par l’organisme britannique Internet Matters montre que les méthodes utilisées pour vérifier l’âge comme la reconnaissance faciale, la vérification par une organisation indépendante ou la demande d’une pièce d’identité émise par le gouvernement sont loin d’être infaillibles. En fait, 46 % des enfants britanniques interrogés dans le cadre du rapport considéraient qu’il était facile de contourner ces méthodes de vérification.

Des effets pervers

Photo : Praewphan Olij/Dreamstime.com

Par ailleurs, ces lois peuvent avoir des impacts imprévus. D’abord, la vérification de l’âge implique dans certains cas une collecte de données sur les mineurs, une mine d’informations personnelles attirante pour les cybercriminels. En octobre 2025, la compagnie Discord rapportait d’ailleurs que l’organisme indépendant responsable de recueillir les informations personnelles pour confirmer l’âge avait été victime d’une cyberattaque qui avait compromis les données confidentielles de 70 000 utilisateurs.

De plus, l’interdiction pure et dure des réseaux sociaux peut placer les jeunes dans des situations difficiles, remarquait Andrée-Anne Légaré, professeure au Service sur les dépendances de la Faculté de médecine et des sciences de la santé à l’Université de Sherbrooke, dans un épisode du balado du Détecteur de rumeurs. Celle-ci expliquait en effet qu’un enfant qui est victime de cyberintimidation ou qui est témoin d’une vidéo traumatisante pourrait maintenant hésiter à en parler avec un parent ou un adulte parce qu’il craint de se faire réprimander.

Utilité des réseaux sociaux

Photo : SolStock/iStock

Mais surtout, les réseaux sociaux ne sont pas qu’un endroit pour se divertir. C’est aussi un espace pour socialiser, apprendre et trouver de l’information, souligne Claudia Del Pozo dans un article publié sur le site du magazine Wired le 23 juillet dernier. Mme Del Pozo est la fondatrice et directrice de l’Institut Eon, un groupe de réflexion mexicain qui vise à préparer la société aux défis de demain face aux rapides transformations technologiques actuelles.

La vie numérique constitue une extension de la vraie vie, mentionne-t-elle. Cela est particulièrement vrai pour les jeunes qui sont marginalisés comme les membres de la communauté LGBTQ+, les personnes racisées ou celles avec un handicap.

La solution ne serait donc pas d’interdire les réseaux sociaux, mais plutôt de s’assurer que ces plateformes sont sécuritaires, ajoute Claudia Del Pozo. Elle cite l’exemple du Brésil qui demande aux compagnies d’incorporer des contrôles parentaux accessibles, de réduire les caractéristiques addictives et d’être plus transparentes sur le fonctionnement de leurs algorithmes.

Enfin, l’éducation a un rôle à jouer puisqu’il est important de développer la littératie numérique des jeunes dans les écoles, insiste Claudia Del Pozo. Les familles ont aussi besoin qu’on mette à leur disposition des outils pour les aider à soutenir leurs enfants dans leur vie numérique.

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